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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 21:51
Liyannaj kont pwofitasyon

E

n créole guadeloupéen ça signifie rassemblement contre l’exploitation. C’est le nom du mouvement à la tête de la révolte en Guadeloupe. La Guadeloupe est en flamme, la Guyane n’est pas en reste après le bras de fer sur les carburants, la Martinique est en train de la suivre, la Réunion ne restera pas très longtemps silencieuse. Des pyromanes irresponsables, voulant capitaliser sur ce mouvement, prévoient une contagion en métropole alors que les raisons de la colère sont bien spécifiquement locales, historiques et structurelles. Depuis toujours la petite minorité békés (Martinique) ou blanc-pays (Guadeloupe) confisque le pouvoir économique dans les Antilles françaises. Par exemple, trois grandes familles possèdent 40 % des grandes surfaces en Martinique. Les békés contrôlent les circuits d’importation et sont en situation de quasi-monopole dans l’industrie agroalimentaire. Alors que 15 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté et que le chômage atteint des taux records (22,7 % en Guadeloupe et 21,2 % en Martinique), les denrées alimentaires de base sont à des prix sans commune mesure avec ceux que nous connaissons en métropole. En Martinique, le kilo de pâtes coûte plus du double qu’en métropole. Même la banane, l’un des derniers produits d’exportation, est 40% plus chère. Les industriels mettent en avant les coûts de transport, les taxes comme l’octroi de mer, le coût du stockage (en moyenne 3 mois), les coûts salariaux (moins d'automatisation, plus de main d'œuvre due à l’étroitesse du marché), le surcoût engendré par les grèves du port, etc… La Martinique ne compte que 400 000 habitants et l’étroitesse du marché pèserait aussi sur les coûts de production en dépit de l’avantage apporté par la défiscalisation qui leur permet  de déduire les investissements productifs des impôts. Même si les écarts de salaires entre la métropole et les Antilles ont finit par disparaître, la situation n’a guère évoluée depuis la libération et la départementalisation. Les gouvernements, qui se sont succédés, ont toujours favorisé l’assistanat pour calmer les révoltes et étouffer les velléités d’indépendance. Il y a aussi le scandale du Chlordécone. Ce pesticide luttant contre le charançon du bananier a été interdit aux États Unis dès 1976 à cause de sa toxicité. Il est reconnu cancérigène depuis 1977. Il sera malgré tout autorisé en France en 1972 pour n’être interdit qu’en 1990. Il a contaminé la moitié des terres de la Martinique et les planteurs de bananes, majoritairement des békés, ont obtenu des dérogations jusqu’en septembre 1993. Il a durablement pollué les terres, les rivières, la flore et la faune marine. Il est probablement la cause d’un taux anormal de cancers de la prostate en Martinique. Aujourd’hui, 50 % des cancers des hommes en Martinique concernent la prostate, ce qui représente le 2ème taux mondial après les Etats-Unis, par ailleurs premier consommateur de pesticides au monde. Le 10 mai 2001, la France a enfin reconnu comme crime contre l’humanité l’esclavage et la traite qui a permit aux ancêtres des actuelles familles békés de construire leur empire. Les plus extrémistes des révoltés réclament une redistribution des terres dont ils estiment avoir été spoliés et des sommes astronomiques en réparation du préjudice subi par les anciens esclaves. Le gouvernement renvoie les partenaires sociaux dos à dos pour résoudre le conflit sur les salaires. Il n’est pas sûr qu’il puisse durablement se dédouaner ainsi de la responsabilité historique de la nation envers les populations locales tellement habituées à obtenir les aides de l’état providence. Et puis il y a ce reportage diffusé le 6 février sur Canal+ intitulé Les Derniers Maîtres de la Martinique (voir lien hypertexte ci-dessous) où en entend Alain Huygues-Despointes, un des "békés" regretter que les historiens ne s'intéressent pas "aux bons côtés de l'esclavage" et expliquer "vouloir préserver sa race". "Quand je vois des familles métissées avec des Blancs et des Noirs, les enfants naissent de couleurs différentes, il n'y a pas d'harmonie". Même si ce vieux fossile à moitié sénile, caricatural et un peu piégé par la malice du reporter, ne peut représenter l’opinion de sa caste, ces propos ne sont pas vraiment de nature à apaiser un climat déjà explosif !

Patrice Leterrier

13 février 2009

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