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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 21:47

Crise ou fin d’une époque ?


L

a Guadeloupe a vécu une nuit de désordre et de violence. Le secrétaire d’état à l'Outre-Mer, Yves Jégo analyse dans les colonnes du Figaro qu’"il ne s'agit pas d'un mouvement de protestation sporadique, mais bien d'une triple crise. Une crise économique qui frappe toute la planète et atteint plus vite les économies fragiles, une crise structurelle liée aux dérives ultimes mais encore observables de l'héritage d'une économie 'de comptoir', et enfin, et peut-être surtout, une crise existentielle, en tout cas une crise sociétale". Le diagnostic paraît assez juste même si les réponses apportées jusqu’alors ne semblent pas à la hauteur de l’ambition proclamée. On peut ajouter aussi une spécificité liée à l’héritage esclavagiste : l’exaspération d’une exigence de dignité, du droit au respect, une revendication culturelle autre que la simple satisfaction compulsive de consommateur fébrile inféodé à l’offre concentrée dans les mains des héritiers des anciens esclavagistes. Un collectif de neuf intellectuels antillais écrit dans les  colonnes du Monde "derrière le prosaïque du "pouvoir d'achat" ou du "panier de la ménagère", se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique)". Mais On peut trouver, dans cette exaspération paroxysmique des tensions sociales, une certaine analogie avec la situation en métropole. La crise économique y a certes moins d’impacts dramatiques car la misère – qui touche toujours trop de monde – est cependant moins répandue, le chômage ne fait pas les mêmes ravages même si les perspectives ne sont guère encourageantes dans ce domaine. Mais le point essentiel c’est au fond cette crise du sens que révèle la crise économique. Et d’abord la perte de sens du travail au point que le rêve est devenu d’en diminuer sans cesse la quantité. Il ne s’agit plus pour trop de nos contemporains d’un lieu d’épanouis-sement et de création mais bien prosaïquement d’un emploi contraignant, le balancier de l’horloge d’un temps totalement inféodé à cette exigence. On parle d’ailleurs d’emploi, comme le terme associé en finance à une ressource, pour bien en vider tout le sens humain à l’autel de la productivité triomphante. Dès lors il devient économiquement légitime d’aller chercher les meilleures offres pour cette ressource et de priver ainsi des millions d’hommes de la dignité et de la fierté d’exercer une "profession". C’est aussi, par la force des choses, la remise en cause du cercle infernal de la consommation recentrant finalement le paradigme social sur un peu plus de culturel, une sorte de retour à l’humanisme. Il est frappant de constater que la culture et les loisirs sont beaucoup moins frappés par la crise que l’automobile, la consommation courante et l’immobilier qui étaient les symboles apparents de la réussite dans notre feue société de consommation. Il est possible que ces nouveaux comportements plus économes, plus ciblés peut-être même plus réfléchis persistent quand cette crise sera passée - si elle passe…Pour reprendre les termes d’Yves Jégo, on pourrait dire que nous vivons "une crise structurelle liée aux dérives ultimes mais encore observables de l'héritage d'une économie"…dominée par les financiers. "Le vrai politique, c'est celui qui sait garder son idéal tout en perdant ses illusions". Plus que jamais cette phrase de John Fitzgerald Kennedy est d’actualité.

Patrice Leterrier

17 février 2009


 

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