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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 17:34

Un jambon beurre !


Hamburger 1 – jambon-beurre 8. C’est plus un score c’est carrément une raclée ! En France, et en France seulement, la tyrannie de l’hamburger venu d’outre  atlantique n’a pas pu terrasser la tradition franchouillarde du sandwich jambon-beurre. Il s’est encore vendu en 2008, 8 jambon-beurre pour un hamburger dans nos bonnes villes de France. Ce chef d’œuvre de simplicité et d’équilibre continue à être dégusté parfois trop vite, souvent hélas sans le moindre plaisir, avec des miches plus ou moins fraiches et des jambons qui ne mériteraient pas toujours les pauvres bêtes dont ils sont issus. On les consomme sans y penser sur un coin de comptoir accompagnés d’un ballon ou d’un demi pour finir par avaler machinalement l’expresso qui n’a plus rien du café pris délicatement en contemplant l’inoubliable foule grouillante d’une place de Toscane. Garçon !  Un jambon beurre et un demi. Qui n’a pas un jour clamé cette commande au coin d’un comptoir? Il était à l’époque encore en zinc. Il s’agissait de raccourcir sans la sacrifier le temps d’une pause restauratrice. Les boiseries vernies du bar dessinaient des volutes tarabiscotées nées de l’imagination en panne d’un décorateur besogneux. Sur le comptoir trônaient des œufs durs pas toujours du jour, d’horribles distributeurs de cacahouètes qui trainaient ensuite dans les sous tasses vertes ourlées de doré qui faisaient la paire avec les tasses de petits noirs. Quelques cendriers à moitié pleins aux couleurs contrastées chef d’œuvre de mauvais goût, à la gloire de je ne sais quelle anisette ou Suze, complétaient le tableau…On parcourait négligemment les journaux du jour retenus, pour ne pas disparaître, dans une grande règle en bois. La télévision ne beuglait pas encore les derniers résultats des courses et les forts en gueule se chargeaient de l’ambiance. Bien des choses ont changé depuis cette époque mais reste le jambon beurre ! On en consomme encore 830 millions par an dans l’hexagone. Le voilà donc toujours, et de loin, le champion français de la restauration rapide qui ne s’appelait pas encore fast food. Son prix varie de plus de 3 €uros à Paris pour un prix moyen de moins de 2 euros à Corte, la capitale de la Corse de Pascal Paoli. Je serais curieux de savoir le prix de ce classique typiquement français dans un palace (si on peut avoir autre chose que ces infâmes pains de mie dans ce genre d’endroit). Comme une sorte de pied de nez à ce chef d’œuvre de simplicité nourrissante, on apprend en même temps qu’un nouveau restaurant vient de se voir décerner trois étoiles au Michelin. Elles récompensent Éric Fréchon au clavier du fourneau du palace parisien le Bristol. Et pour faire bonne mesure, ou plaisir à notre ministre vert Jean-Louis Borloo, le même guide rouge vient de remarquer à Arles, deux chefs dont la cuisine provient de leurs jardins bio : Jean-Luc Rabanel (deux étoiles) et Armand Arnal (La Chassagnette, une étoile). Hélas, pas d’annexe dans ce gastronomique ouvrage sur les meilleurs sandwichs jambon-beurre…

Patrice Leterrier

3 Mars 2009


 

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