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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 09:42


Gabrielle Russier

 

N

ous naviguons en pleine tempête financière avec le sentiment désagréable qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion. Les analystes, dont la constance à se tromper dans leurs prévisions est ce qu’il y a de plus remarquable, n’arrêtent pas de nous déverser leurs explications plus abscondes les unes que les autres. Ils sont comme les médecins de Molière qui cachaient leur ignorance sous une avalanche de mots latins incompréhensibles. Ils font ce que Benoît Mandelbrot appelle de l’astrologie financière…mais comme monsieur Jourdain faisait de la prose… sans le savoir. Pour ne rien arranger les politiques de tous les pays et de tous bords déclinent leurs litanies de mesures anticrises dont le nombre ne rassure pas plus qu’une ordonnance trop remplie pour soigner une septicémie. Notre président, dont l’activisme n’est plus à démontrer, nomme un ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance de l'économie, qui est étonnement silencieux alors que son goût pour les médias nous avait plutôt habitués à des overdoses de communication. Mais où est donc passé le sens dans tout ça ? Peut-être que certains d’entre vous, dont l’âge est plus proche du mien que de celui de mes petites filles, se rappelle le "comprenne qui voudra" de Georges Pompidou, le 22 Septembre 1969. Il commentait le suicide de l’enseignante marseillaise Gabrielle Russier. Cette jeune femme de 32 ans venait de se donner la mort après avoir été condamnée pour détournement de mineur. Elle avait eu une liaison amoureuse avec un de ses élèves, Christian Rossi, alors âgé de seize ans. A la question que lui posait Jean-Michel Royer, journaliste à radio Monte Carlo, il avait pris un long moment de réflexion, pour finalement répondre en citant Paul Eluard : "comprenne qui voudra- moi mon remords ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts, qui sont morts pour être aimés" et tirait avec panache sa révérence à l’assemblée. Il concluait ainsi une conférence de presse très gaullienne où il venait d’évoquer, dans un style d’une perfection littéraire qui était propre à ce grand érudit, l’état de la France. Il invoquait le choc de Mai 68, les accords de Grenelle, la fuite massive de capitaux et les augmentations de salaires inflationnistes difficiles à digérer, pour justifier une nième dévaluation du franc. Il est assez intéressant d’écouter sur les archives de l’INA l’extrait de cette conférence de presse (voir lien hypertexte ci-dessous). Elle pourrait être méditée par beaucoup de nos hommes (et femmes) politiques d’aujourd’hui comme un exemple de l’art et la manière de parler franc (si j’ose ce jeu de mots facile) et directement aux français, avec une pédagogie simple, sans simplification réductrice, sans agacement incongru, sans condescendance blessante, sans accumulation de chiffres inutiles, sans référence caustique et surtout dans une langue s’écoulant naturellement, simplement comme le courant d’un fleuve tranquille. Georges Pompidou a écrit une anthologie de la poésie française qu’il conclut par "c’est dire que le choix, ici plus qu’ailleurs, trahit l’auteur. Tel quel, voici le mien". Peut-on réellement douter que les choix des politiques face à la crise trahissent leurs auteurs ? Certainement pas bien sûr mais pour citer Paul Eluard en déformant légèrement sa phrase "comprenne qui pourra…".

Patrice Leterrier

2 Mars 2009


http://www.totalvod.com/videos/extraits_conference_de_presse_de_m_pompidou_22_09_1969_87349.html

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