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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 09:15


A

u moment où le projet de loi sur la création et l’internet va s’ouvrir à l’assemblée, les esprits s’échauffent. La lutte contre les fraudeurs pose d’énormes problèmes techniques et déontologiques pour des résultats aléatoires. Faut-il pour autant ne rien faire alors que l’industrie du disque est en pleine bérézina ? Les députes vont probablement s’étriper sur le sujet pris une fois de plus en otage d’arrières pensées politiciennes alors que le sujet pourrait, pour une fois, faire l’objet d’un consensus sans compromission. Dans ce contexte, le Figaro publie aujourd’hui un intéressant sondage sur le piratage informatique. L’un des enseignements de ce sondage est que le piratage est une affaire d’âge. Alors que 57 % des jeunes entre 18 et 24 ans reconnaissent avoir déjà téléchargés des contenus de manière illégale, le pourcentage tombe à 6 % pour la tranche des internautes dont l’âge est compris entre 50 et 64 ans pour s’effondrer à 1% pour les internautes de 65 ans et plus. D’aucuns, promptes à manier l’âgisme comme paravent, y verront peut-être un effet de l’inégalité flagrante des générations devant l’outil. Qui peut d’ailleurs contester qu’un homme ou à fortiori (mais là, je vais me faire écharper par les chiennes de garde…) une femme d’un âge respectable n’a pas la dextérité (c’est quelquefois bêtement une question d’arthrose...) et surtout l’absence totale d’inhibition devant le clavier d’un gamin de 5 ans qui pianote avec l’agilité d’un Paganini sur son stradivarius? Peut-être un peu mais peut-être aussi qu’il s’agit de quelque chose de plus fondamental. Ne sommes-nous pas plus devant un véritable problème de société? La virtualisation à outrance qui envahit notre univers ne fait-elle pas finalement perdre la notion même de propriété intellectuelle pour des jeunes qui sont depuis leur plus jeune âge immergés dans la technologie à travers la télévision, les consoles de jeux et l’internet? Comment concevoir qu’un clic - licite lorsqu’on "tchate", on recherche des informations, on ouvre ses courriels, on écoute de la musique en ligne, on regarde des extraits vidéos - puisse devenir illicite lorsqu’il aboutit au téléchargement de musiques ou de films? La valeur d’une œuvre devient, dans une discontinuité sémantique bien difficile à concevoir, monnayable alors que le clic d’avant était gratuit, c'est-à-dire en fait dans l’esprit de l’internaute payé indirectement par les abonnements et les multitudes de bandeaux qui envahissent les écrans plats. On connait bien sûr les arguments des industriels du disque et des gardiens de la propriété artistique mais le décalage est grand avec la pratique généralisée de l’instantanée sans contrainte. L’enquête ne dit pas si les jeunes, qui pratiquent le téléchargement illégal, ont la notion même de faire une infraction. La riposte graduée qui est l’esprit du projet de loi semble adresser ce souci éducatif. Le contrevenant recevrait un premier courriel d'avertissement, un deuxième avertissement par lettre recommandée puis, pour le récidiviste, une proposition de transaction à l'amiable. Dans le cas de nouvelle récidive et en l'absence de toute transaction, l'abonnement sera suspendu pour une durée allant de deux à douze mois. La sanction risque de punir les parents qui ne surveillent pas leurs enfants disent les détracteurs du projet. Après tout, n’est-ce pas de la responsabilité des parents d’inculquer le respect de la propriété intellectuelle à leurs enfants?

Patrice Leterrier

9 Mars 2009


 

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