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16 mars 2009 1 16 /03 /mars /2009 16:34

Gestes et langage

 

 


M

eredith Rowe et Susan Goldin-Meadow, de l'Université de Chicago se sont intéressés au langage des gestes de très jeunes enfants. Ils ont démontrés que plus l'enfant recourt à des gestes sémantiques à 14 mois, plus son vocabulaire sera riche quand il aura quatre ans et demi. On savait depuis les travaux de Boris Cyrulnik sur les enfants roumains, abandonnés à la triste époque des époux Ceaucescu, qu’en l’absence de contenant affectif et de communication, certaines zones du cerveau pouvaient ne pas se développer normalement. Il a aussi découvert la réversibilité de ces anomalies chez certains des enfants, donnant ainsi un fondement biologique à sa théorie de la résilience. Mais les études faites par les chercheurs de l’université de Chicago ajoutent une nouvelle dimension à ce lent travail d’exploration des fondements du langage et de la communication chez l’homme. Même sans attendre le paroxysme horrible des enfants roumains, on sait depuis longtemps que quand leurs parents sont malheureux, dépressifs ou gravement malades, les enfants ont un langage appauvri. On a ainsi observé qu'en moyenne, les enfants issus de familles de faible statut socio-économique ont un vocabulaire moins riche que ceux issus de familles favorisées (n’écarquillez pas trop les yeux devant cette porte ouverte enfoncée...). Ce retard existe dès l'âge de quatre ans et persiste pendant toute la scolarité si l'on ne fait rien. On savait aussi que cette tendance dépend de la façon dont les parents parlent à leur enfant dès son plus jeune âge. Les psychologues américaines ont filmé pendant 90 minutes 50 bébés âgés de 14 mois dans leur environnement familial et ont analysé tous les gestes et paroles des enfants et de leurs parents. En moyenne, les bébés font 20 gestes signifiants et prononcent 13 mots, et leurs parents font 40 gestes et disent 364 mots (à un près on était à un mot par jour…). Mais plus les parents font de gestes sémantiques en direction de leur enfant, plus ce dernier leur répond. Les psychologues ont ensuite évalué le vocabulaire des enfants à quatre ans et demi : il est d'autant plus riche que les enfants et leurs parents faisaient beaucoup de gestes sémantiques. Bien sûr, faire des gestes à son enfant de 14 mois n'est pas le seul facteur impliqué dans la qualité du vocabulaire. Mais il s'avère qu'ainsi, on peut augmenter l'acquisition du vocabulaire chez l'enfant à un âge où les disparités langagières n'existent pas encore. Ainsi donc le langage des gestes ne se résument pas à vos yeux écarquillés de tout à l’heure, à des bras d’honneur, à des doigts levés ou pointés en signe de menace, à des vrilles effectuées sur la tempe, à des explorations plus ou moins profondes des fosses nasales, à des postures semblables à celle de Monseigneur Henri, François-Xavier de Belsunce de Castelmoron, les bras ballants et ouverts pour accueillir les pestiférés de Marseille en 1720, puisque je ne viens de citer que quelques gestes et que les chercheurs américains en ont identifié 40 dans la relation entre les parents et leurs rejetons. Il suffit d’ailleurs d’assister à un match de football, surtout à Marseille, pour compléter la liste ci-dessus d’une quantité impressionnante d’attitudes et de gestes signifiants. J’imagine que ces élucubrations sur la gestuelle ont provoqué chez certains d’entre vous des haussements d’épaules devant la banalité des faits rapportés. J’oserai peut-être à mon tour un haussement de sourcil pour suggérer qu’il y a plus d’intérêts à se focaliser sur les gestes tendres d’une mère envers son enfant que de disserter sur le sens hypothétique des parades et rodomontades d’un Jean Marie Le Pen devant les caméras…

Patrice Leterrier

16 Mars 2009


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