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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 13:06
La tour du Roi René

Du haut de la tour du Roi René accessible depuis le fort Saint Jean si joliment remis en valeur dans la continuité du Mucem, vous pourrez admirer une vue magnifique sur le Vieux Port, un point de vue exceptionnel sur le Palais du Pharo, vestige des ambitions de Napoléon III de faire de Marseille le pendant méditerranéen de la villa Eugénie à Biarritz, mais aussi sur l’horizon qui se dessine au large de la rade de Marseille.

Ce point de vue fût celui qu’eurent les vigies qui guettaient l’arrivée de la flotte catalane conduite par le roi d’Aragon Alphonse V bien décidé à se venger de l’affront de sa défaite contre le comte de Provence Louis III d’Anjou à Naples sur son ennemi héréditaire Marseille.

C’était une douce soirée d’automne ce samedi 20 novembre 1423, « avant la fin de la lumière » comme le récitent les fervents catholiques à l’heure des complies.

Le sac, qui fut terrible, dura 3 jours. Les marseillais fuirent en masse.

Avant de partir, le roi fit exécuter douze des plus notables habitants de la cité phocéenne au large d’Endoume sur un rocher déchiqueté qui porte depuis le nom de l’île des pendus.

Outre un butin conséquent, le roi emporta les reliques de Saint Louis d’Anjou qui furent restituées à Marseille plus de cinq cent ans après le 24 juin 1956 et la chaine qui barrait l’entrée du Lacydon et que l’on peut toujours voir sur les murs de la cathédrale de Valence.

Pour expliquer l’incroyable facilité avec laquelle Marseille fut prise, les historiens parlent de suffisance moqueuse, de grande nonchalance ou encore de « négligence joincte à un trop impudent mespris » comme le rapporte Christian Maurel.

Cet épisode dramatique modifia profondément la société Marseillaise et entretiendra une haine tenace contre « ces chiens de Catalans » de la part des marseillais.

Il laissa aussi en ruine la tour de vigie aussi appelée la Tourette ou tour Maubec que le conseil de la ville avait officiellement baptisée Tour Saint Jean dans une délibération de 1320.

C’est le bon roi René d’Anjou, comte de Provence, frère de Louis III d’Anjou (le vainqueur de Alphonse V d’Aragon), qui, désireux d'assurer plus efficacement la défense du port, décida d’offrir à la ville de Marseille une nouvelle tour pour protéger la ville.

La construction dura six ans de 1447 à 1452.

Elle fut confiée à l'ingénieur Jean Pardo qui conçut les plans et à Jehan Robert, maçon de Tarascon en charge des travaux.

La tour, d’une hauteur de 28,50 mètres, comporte 4 salles desservies par un escalier à vis de 147 marches. Le toit-terrasse a une superficie de 180 m2.

Construite en calcaire provenant des carrières de la Couronne, la tour prit le nom de Tour du Roi René qu’elle porte encore aujourd’hui.

Elle reprit les fonctions de surveillance, de défense et d’acquittement des droits de péage qu’avait précédemment la victime de la colère d’Alphonse V d’Aragon.

Devant l’impécuniosité du roi René les travaux sont interrompus alors que seules les fondations du piédestal étaient sorties de terre.

C’est finalement avec les 2000 florins apportés par la communauté marseillaise et les 1200 de la confrérie des pêcheurs que les travaux ont pu être achevés.

La ville y gagna des nouveaux privilèges dont la franchise des droits de lods, dus au suzerain lors de la vente d’un bien foncier.

Les pêcheurs se virent concéder à perpétuité la propriété de la calanque de Morgiou avec le droit exclusif d'y établir une madrague pour la pêche au thon et la création d’un tribunal pour leur confrérie, le premier prud’homme de pêcheurs en France confirmé par Louis XI en 1481.

Si vous avez le courage de gravir les dernières marches qui conduisent au sommet de la tour, tout en admirant ce site unique, pensez en regardant au large à la frayeur qui s’empara des guetteurs lorsqu’apparût sur l’horizon les silhouettes des 18 galères et des 12 vaisseaux de charge que conduisait un Alphonse V d’Aragon les yeux vengeurs rivés sur sa future proie.

Patrice Leterrier

15 août 2016

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